Eléments historiques divers

L'Est creusois, aux limites du diocèse

Aujourd'hui, le diocèse de Limoges correspond exactement aux départements de la Haute-Vienne et de la Creuse. Mais autrefois ? C'est une question intéressante pour nos trois paroisses, qui sont aux frontières du diocèse.

  • le diocèse de Limoges a été fondé par St Martial ; les historiens s'accordent à peu près pour dire qu'il a vécu au III° siècle (siècle s'étendant de 201 à 300 après Jésus Christ), donc la fondation du diocèse remonte très probablement à la seconde moitié du III° siècle ;
  • à cette époque, le territoire du diocèse était celui de la cité romaine (civitas) des Lémovices, qui correspondait grosso-modo à l'ensemble des trois départements limousins (Corrèze, Creuse et Haute-Vienne), et dont le siège était à Augustoritum (aujourd'hui Limoges), ville fondée par les Romains vers l'an 10 avant Jésus Christ ;
  • mais en ce temps-là, la notion-même de "frontière" entre les cités romaines était relativement floue ; elle s'est précisée lentement, au fil des siècles, avec le défrichement progressif des forêts qui occupaient l'essentiel des zones interstitielles entre les villes, et l'implantation de "villas" romaines, puis d'habitations (ou parfois de monastères) dans les clairières, groupes de bâtiments qui, au fur et à mesure de leur extension, sont devenues des villages, puis des paroisses ;
  • c'est ainsi que, dans l'est creusois, les douze paroisses de Basville, Chard, Châtelard, Crocq (sans Montel-Guillaume), Dontreix, Lioux-les-Monges, Mautes, La Mazière-aux-Bons-Hommes, Mérinchal, Saint-Bard, Saint-Oradoux-près-Crocq et La Villeneuve se sont trouvées dans la cité romaine des Arvernes, et donc dans le diocèse de Clermont ;
  • par une bulle du 13 août 1317, le pape Jean XXII (natif de Cahors...) crée le diocèse de Tulle, en détachant la partie sud du diocèse de Limoges (le "Bas Limousin") ; mais les limites de ce nouveau diocèse de Tulle ne correspondent pas du tout à celles du département actuel de la Corrèze ; en particulier, tout le secteur d'Ussel reste dans le diocèse de Limoges ;
  • à la Révolution, les diocèses catholiques sont supprimés et remplacés par des diocèses constitutionnels départementaux (non reconnus par le pape Pie VI) ; c'est ainsi que, de 1790 à 1801, a existé un diocèse constitutionnel de la Creuse ; remarquons que ce libellé ne permet pas de savoir où était la chaire (en latin : cathedra) de l'évêque constitutionnel ; toutefois, en Creuse, il n'y a guère d'incertitude ; vu que le chef-lieu, Guéret, était bien au centre du département, c'est certainement là que siégeait l'évêque constitutionnel, tout près du Commissaire de la République (l'actuel préfet) et sous sa surveillance...
  • en 1801, le concordat entre la République Française (dirigée à cette date par le Premier Consul Bonaparte, pas encore empereur) et le Saint-Siège (sous le pontificat de Pie VII) supprime les diocèses constitutionnels départementaux et recrée 30 diocèses catholiques en France, dont celui de Limoges, qui se compose cette fois-ci des trois départements limousins (Corrèze, Creuse, Haute-Vienne) ; dans l'est creusois, il garde donc les douze paroisses enlevées au diocèse de Clermont en 1790 : ni vu ni connu, et hop je t'embrouille !
  • en 1822, le diocèse de Tulle est recréé par Pie VII ; dans son nouveau découpage, il reprend exactement et intégralement le département de la Corrèze ; le diocèse de Limoges ne garde donc que les départements de la Creuse et de la Haute-Vienne, sans modification jusqu'à nos jours.

Liste des communes qui ont changé de nom à la Révolution

La Révolution française modifia les noms de certaines communes : 

  • par souci de déchristianisation (noms contenant Notre-Dame, Saint/Sainte, Évêque, Abbaye, etc.) 
  • ou pour supprimer des références à l'Ancien Régime (nom contenant Roi/Roy/Royal/Louis/..., Château/Castel/..., Comte/Duc/..., Noble, etc...). 
La grande majorité de ces communes reprirent leur ancien nom quand Bonaparte parvint au pouvoir. Voici la liste des communes concernées dans nos trois paroisses de l'est creusois :
Nom avant 1789
Nom sous la Révolution
Nom actuel
BasvilleLiberté sur CherBasville
Bord St GeorgesBord l'EgalitéBord St Georges
Boussac le ChâteauBoussac la MontagneBoussac
Boussac les EglisesBoussac BourgBoussac Bourg
Bussière St GeorgesBussière FrancheBussière St Georges
La ChapelleGigoux(fusionnée avec Lépaud)
La Forêt du TempleLa Forêt la NationLa Forêt du Temple
Moutier RozeilleLa RaisonMoutier Rozeille
Peyrat la NonièrePeyrat la MontagnePeyrat la Nonière
St Dizier les DomainesDixier les DomainesSt Dizier les Domaines
St MarienMaratSt Marien
St Martial le VieuxMont VertSt Martial le Vieux
St Pardoux d'ArnetArnet LibreSt Pardoux d'Arnet
St Pierre le BostLes BoisSt Pierre le Bost
St Silvain Bas le RocBas le RocSt Silvain Bas le Roc
St Silvain sous ToulxSous ToulxSt Silvain sous Toulx
Ste FeyreFeyre la MontagneSte Feyre la Montagne
Tercillac et St PaulTercillac LepeletierTercillat

Les commanderies et maisons des ordres militaires

Les ordres militaires sont des ordres religieux de moines-soldats, apparus au XI° siècle pour héberger et protéger les pèlerins, et en particulier (mais pas seulement) ceux qui se rendaient à Jérusalem ou à St Jacques de Compostelle, en une période où les déplacements étaient difficiles et dangereux.

Deux de ces ordres ont eu des implantations, appelées "commanderies" ou "maisons" selon leur importance, dans l'est creusois :

  • l'ordre du Temple, dont les moines s'appelaient les "Templiers" ; il disparut à la suite d'un procès pour hérésie et immoralité, au début du XIV° siècle, à l'époque du roi Philippe le Bel, qui voulait surtout récupérer les richesses de l'ordre...
  • l'ordre de l'Hôpital, placé sous le vocable de St Jean-Baptiste, dont les moines s'appelaient les "Hospitaliers de St Jean de Jérusalem" (en abrégé : les Hospitaliers) ; il récupéra certaines commanderies et maisons de l'ordre du Temple lors de sa disparition ; après la fin des croisades, il se replia (en plusieurs étapes) vers l'île de Malte et devint donc l'Ordre de Malte ; pendant la Révolution, tous ses biens en France furent nationalisés, comme tous les biens relevant de l'Eglise (application de la Constitution civile du clergé) ; puis Bonaparte, en route pour la campagne d'Egypte, fit au passage la conquête de l'île de Malte en 1798. Bien que dépossédé de tout territoire, l'Ordre de Malte existe toujours, et il est aujourd'hui très actif dans le domaine caritatif ; par contre, l'orientation militaire de cet Ordre a complètement disparue.

Le tableau ci-dessous liste les implantations de ces deux ordres dans le territoire de nos trois paroisses (tableau classé par ordre alphabétique de commune actuelle). Attention, ces ordres possédaient également des biens immobiliers (paroisses entières, chapelles, moulins, étangs, terres agricoles, etc...) qui leurs rapportaient des revenus sans pour autant qu'ils y soient implantés ; ces biens immobiliers ne figurent donc pas dans le tableau.

Commune actuelle
Ordre
Etablissement, date de fondation
AuzancesHôpital1211 - Courleix
BlaudeixTemple puis Hôpital1193 - Blaudeix
Bord St GeorgesTemple puis Hôpital1289 - La Chapelle du Temple
BrousseHôpital1288 - Brousse
Bussière NouvelleHôpital1288 - Blavepeyre
CrocqHôpital1288 - Le Naberon
FéniersTemple puis Hôpital1308 - Crabanat
FéniersHôpital1288 - Féniers
FlayatHôpital1293 - Salesses
Gentioux PigerollesTemple puis Hôpital1225 - Gentioux
Gentioux PigerollesHôpital1374 - Pallier
LavaufrancheHôpital1206 - Lavaufranche
Lioux les MongesHôpital1297 - Le Montel au Temple
MalleretHôpital1293 - Malleret
La Mazière aux Bons HommesHôpital1420 - La Mazière aux Bons Hommes
Parsac RimondeixTemple puis Hôpital1178 - Rimondeix
St DometHôpital1180 - La Croix au Bost
Tardes (1)Hôpital1188 - Las Cours (La Croix) de Mazeirat
TercillatTemple puis Hôpital1282 - Viviers
Source : https://www.lesamisdelacreuse.fr/publications/nos-cahiers/17-cahier-no-08
(1) d'autres sources situent cette implantation plus à l'ouest du département, entre Le Grand Bourg et Fleurat.